En cliquant sur les onglets ci-dessus, vous pourrez retrouver les souvenirs de la venue de Michel Butor à Mons-en-Barœul le samedi 5 mars 2011 (Le retour dans sa maison natale, l'hommage à la Maison Folie du Fort de Mons et des moments émouvants avec notamment un vivat flamand et la découverte de l'iPad lors d'un repas à l'Hamadryade de Villeneuve d'Ascq). Le samedi 5 mars après midi Michel Butor a inauguré au musée Sandelin à St Omer une exposition qui lui était consacré (onglet St Omer). Nous avons ajouté les émotions du 18 mai 2012 à Mons (restaurant du Fort, découverte de la bibliothèque et vernissage dans la salle d'exposition du fort) et le lendemain lors d'une visite privée au musée de la piscine de Roubaix et son intervention à la médiathèque l'Odyssée à Lomme. Merci au groupe des amis de Michel Butor qui a permis à Michel Butor de retrouver sa ville natale.

Les paroles s'envolent, les écrits restent


L’écrivain Michel Butor, né à Mons-en-Barœul, est décédé

Publié le 25 août 2016 dans La Voix du Nord

« Ecrire c’est détruire les barrières », affirmait l’écrivain, poète et essayiste Michel Butor, dernière grande figure du Nouveau Roman, décédé mercredi le 24 août) à l’âge de 89 ans, laissant derrière lui une oeuvre prolixe et inclassable toujours étudiée en France comme à l’étranger. L’écrivain qui n’avait jamais cessé d’écrire et de publier s’est éteint à l’hôpital de Contamine-sur-Arve, en Haute-Savoie, selon Le Monde qui a annoncé son décès, citant sa famille.

Après l’avoir quitté de nombreuses années, Michel Butor était revenu dans sa ville natale de Mons-en-Barœul en 2012.


Auteur d’une œuvre foisonnante et multiforme, Michel Butor avait acquis la notoriété avec son roman « La Modification » (prix Renaudot 1957). Il avait acquis une réputation internationale et son oeuvre était étudiée en France comme à l’étranger, en particulier aux Etats-Unis.

Né le 14 septembre 1926 à Mons-en-Barœul, fils d’un inspecteur de la SNCF, Michel Butor, diplômé d’études supérieures de philosophie et docteur ès lettres, a mené une double carrière d’écrivain et de professeur.

Nommé en 1950 à Sens (Yonne), il enseigne surtout à l’étranger en Egypte, Angleterre, et Grèce (1954-1957), et publie son premier roman « Passage de Milan » (1954), suivi de «L’Emploi du temps» (prix Fénéon, 1956).

Un novateur

En 1958 il se fixe à Paris, devient lecteur chez Gallimard jusqu’en 1968, et entreprend une série de voyages (Etats-Unis, Japon, Australie) qui seront alors sa principale source d’inspiration. Il en tire matière à des formes littéraires novatrices : « Mobile » (1962), est une interprétation de l’Amérique en mobile façon Calder, et « Boomerang » (1978), un livre à trois couleurs et trois trames narratives.

Tout en bâtissant une œuvre qui abolit les frontières des genres littéraires, l’écrivain enseigne dans les universités de Vincennes (1969), Nice (1970-1973), puis Genève (Suisse), où il est professeur de langues et littérature françaises modernes (1975-1991).

Egalement auteur de recueils de poésies (« Envois », « Collation »), Michel Butor publie en 1996 « Le Gyroscope », dernier tome du cycle « Le Génie du lieu », cinq essais consacrés à des sites géographiques analysés comme des œuvres d’art, ainsi que « Répertoire littéraire » qui réunit les analyses critiques des classiques français, de Rabelais à Zola.

En 2006, les Editions de La Différence entament la publication de ses œuvres complètes, tandis qu’une rétrospective de son œuvre se tient à la Bibliothèque nationale de France (BNF).

Père de quatre filles, Michel Butor avait réalisé plusieurs livres d’entretiens, dont « Curriculum vitae » (1996) et « Entretiens, quarante ans de vie littéraire » (2000), puis publié en 2008 « Petite histoire de la littérature française » audiovisuelle.

En 2013, il avait été récompensé par le grand prix de littérature de l’Académie française. Son dernier ouvrage, publié il y a quelques mois, était consacré à Victor Hugo dans la collection « Les auteurs de ma vie » (Buchet-Chastel).

S’il était né dans la métropole lilloise, il l’avait quitté rapidement. Il était toutefois revenu en 2011 sur ses terres pour une exposition lui rendant hommage. Il était ensuite revenu plusieurs fois à Mons-en-Barœul.




Et si Mons avait une bibliothèque au nom de Michel Butor ?


Si c'est suggestion n'a pu être réalisée du vivant de Michel Butor, l'idée reste, car avec le temps il y aura d'autres occasions, comme le centenaire de sa naissance dans sa ville natale à Mons-en-Barœul, le 14 septembre 2026 ou celui de sa disparition, le 24 août 2116 !



Il est possible de cliquer sur l'article pour l'agrandir. La Voix du Nord relate dans son édition du samedi 24 janvier 2015, l'idée soumise par l'association Eugénies lors de son assemblée générale du souhait de voir Michel Butor honoré dans sa ville natale.

Nous sommes de plus en plus circonspects quant aux décisions des élus à la lecture de l'article suivant paru dans le Dauphiné libéré. Quand on pense que même à Lucinges le fonds Michel Butor est menacé. On peut évoquer le patrimoine ... mais seuls les actes comptent et restent comme témoignage pour les futures générations.


Michel Butor nous livre de l'or





Ci-dessous l'article d'Alain Cadet paru dans La Voix du Nord le 20 novembre 2015 (édition papier)

Michel Butor est de retour sur les rayonnages des librairies avec un ouvrage à destination du grand public qui embrasse toute l’histoire de la peinture.

Mons-en-Barœul : Michel Butor en bonne place dans les vitrines des librairies pour les fêtes


L’œuvre de Michel Butor, écrivain et critique d’art monsois, est foisonnante. Dans son dernier ouvrage, il livre ce qui serait son musée idéal. Il y présente 105 œuvres des plus grands peintres.

L’écrivain, né à Mons-en-Barœul, n’est pas seulement le représentant du Nouveau Roman des années 1960. Il est avant tout l’auteur d’une œuvre abondante et diversifiée internationalement reconnue. Ces dernières années, il a réalisé en collaboration avec des peintres ou des photographes un nombre impressionnant de Livres d’artistes ou de Livres objets, et quelques recueils de poésie. Le voici de nouveau en librairie avec un ouvrage à destination du grand public qui embrasse toute l’histoire de la peinture.


Michel Butor habite désormais près de la frontière suisse. Au cours de son existence, il a eu assez peu d’occasions de revenir sur sa terre natale. En 2012, le voici de retour à Lille pour présenter un ouvrage sur Le Chemin du ciel et la chute des damnés, une œuvre du peintre Dirk Bouts qui est exposée au musée des Beaux-Arts de Lille.


L’écrivain, à la palette éclectique, est aussi réputé comme critique d’art. Depuis le début des années 1960, il écrit sur la peinture et les peintres. En 2010, un premier retour dans le Nord lui avait permis de retrouver la maison du 139, rue du Général-de-Gaulle où il est né le 14 septembre 1926. Ce fut pour lui un grand moment d’émotion, et la ville de Mons lui organisa une fête de bienvenue restée mémorable.

Dans son dernier volume, Michel Butor revient sur les peintres et la peinture avec beaucoup d’ambition. Il présente 105 œuvres d’artistes différents, de Giotto à Jackson Pollock, exposés partout dans le monde. Il s’agit là du musée idéal selon l’écrivain. L’éditeur a sobrement intitulé sa publication Michel Butor. Sur une page, en papier glacé et en impression de luxe, on trouve le tableau d’un peintre. Sur l’autre, le commentaire sensible, documenté et éclairant de l’écrivain. Le texte de Michel Butor, simple et savant, humble et lumineux donne de la profondeur à ces chefs-d’œuvres de l’art occidental.


La publication se classe dans la catégorie des « beaux livres » à offrir pour les fêtes de fin d’année qui approchent. A. C. (CLP)

« Michel Butor, 105 œuvres décisives de la peinture occidentale montrées par Michel Butor ». Aux éditions Flammarion : 39 €.



Michel Butor revient à Mons-en-Barœul avec ses souvenirs d'enfance


Article paru dans La Voix du Nord du 20 novembre 2012

Il y a deux ans, il a redécouvert sa maison natale de la rue du Général de Gaulle. À l'occasion de Cité Philo, qui se déroule tout ce mois de novembre et dont il est l'invité d'honneur, le voici de retour dans la métropole lilloise pour la troisième fois en très peu de temps. 


La première de ses trois conférences était centrée sur un petit livre imaginé avec Carlo Ossola, Conversation sur le temps (Éditions de la Différence). Animée par Mireille Calle-Gruber, écrivain, professeur à la Sorbonne et éditrice des œuvres complètes de Michel Butor, la séance était l'occasion idéale pour que le philosophe puisse revenir sur quelques-uns de ses repères dont l'un, très personnel.
En ce mois de novembre, lié au souvenir, il a évoqué les monuments : « Le monument c'est quelque chose que l'on construit pour que l'on n'oublie pas... 

D'une certaine manière, pour arrêter le temps. Cela joue sur la conscience que les gens ont d'eux-mêmes. Ce qui est frappant, ce sont tous ces monuments que l'on a construits après la guerre de 14-18. Il en existe un dans chaque ville et même dans chaque village. Ils marquent leur empreinte sur le temps et sur la conscience collective. Pendant la guerre de 1870, il y a eu beaucoup de morts mais aucun monument. Après celle de 1940-45, on s'est contenté de rajouter les noms des soldats morts sous ceux de la guerre précédente. L'effet n'est pas du tout le même en raison de l'existence même de ces monuments. C'est surtout de la Première Guerre mondiale qu'on se souvient. » 

Répondant à une question de la salle il a appliqué cette problématique du temps (qui passe) à sa maison natale : « Je n'ai pratiquement pas de souvenirs de mon enfance dans le Nord. J'ai quitté cette maison lorsque j'avais trois ans. Mons-en-Barœul, c'est une enfance oubliée sauf pour la lumière. Pour moi, toutes les autres lumières, même celle de Paris où j'ai vécu très longtemps, sont exotiques. Cette maison était quelque chose de très vague. Je savais que c'était une maison du Nord, c'est-à-dire, avec son plan (salon, salle à manger, véranda). J'ai été frappé, quand j'y suis revenu, de constater quelle était plus grande dans la réalité que celle que je m'imaginais. Je savais qu'il y avait un carrelage mais il n'était pas du tout comme je l'avais reconstruit dans ma tête. On ne peut pas dire que de vrais souvenirs me soient revenus à cette occasion. Malgré tout, j'ai pu réintégrer cette maison à mon parcours. Il y a quelque chose de changé dans mon curriculum vitae. Cette maison de Mons-en-Barœul a pris une place différente dans mon histoire. » 

En guise de conclusion, l'écrivain a lu un long poème, Vieillir. Il avait été composé la veille, « spécialement pour la circonstance ». À la fin, il a été chaleureusement applaudi. Même s'il prenait le plus grand soin à le cacher, on voyait bien qu'il était ému. Il n'était pas le seul. • A. C. (CLP)

Vieillir


Autrefois j’avais des idées
je savais quantité de choses
aujourd’hui cela se recouvre
par l’inondation de l’oubli
un épais brouillard tourmenté
d’où émergent quelques îlots
qui me font ressentir combien
les années se sont éloignées

Autrefois j’avais l’avenir
cela viendra ça va venir
il ne faut pas aller trop vite
tout vient à point à qui sait attendre
tu n’es encore qu’au début
et tes enfants profiteront
de ces merveilleux lendemains
qui n’ont pas encore chanté

Autrefois j’avais le progrès
les miracles économiques
se succédaient après la guerre
que d’avancées dans la technique
même ce dont je me souviens
est souvent devenu caduc
le défilé des théories
passe comme ceux de la mode

Autrefois j’avais la jeunesse
mais je ne m’en rendais pas compte
grandir grandir trouver sa voie
dans le labyrinthe social
essais et erreurs que de bleus
sur le corps et l’âme le temps
s’ouvrait comme une fleur sauvage
avec un parfum d’églantier

Autrefois j’avais la santé
pourtant je n’ai jamais connu
ce que l’on appelle la forme
malingre et un peu souffreteux
toujours fatigué jusqu’aux os
je vois moins bien j’entends moins bien
mais le cœur fonctionne toujours
comme lorsque j’avais vingt ans

Autrefois j’avais la prestance
me dit-on je me trouvais maigre
un peu rachitique toujours
mal fringué comme un as de pique
mais aujourd’hui l’obésité
et il faut faire attention
pour pouvoir continuer à mettre
mes salopettes de soirée

Autrefois j’avais l’énergie
du moins je suis bien obligé
d’admettre ce que l’on m’en dit
je me demande bien comment
j’ai pu noircir toutes ces pages
car je n’ai connu que l’effort
l’obstination l’épuisement
la tête tournant à l’envers

Et quant à la postérité
quand je serai réduit en cendres
même si dans quelques années
on se souvenait de mon nom
il viendra la mort de la Terre
c’est maintenant dans l’espérance
de quelques vies améliorées
que je ressens l’éternité

Michel Butor, le retour dans sa région natale, en novembre 2012

Michel Butor revient ...
C'est avec plaisir que nous pourrons le retrouver une seconde fois cette année. 

Trois passages dans sa région natale en 2 ans, nous ne pouvons qu'être heureux. 
C'est à l'initiative de Citéphilo, que notre plus célèbre écrivain poète, sera présent dans la métropole en ce mois de novembre 2012.

- Le jeudi 15 novembre, de 17h à 19h, il sera présent au Grand auditorium du Palais des Beaux-Arts de Lille, place de la République, en présence de Carlo Ossola pour une " Petite conversation sur le temps " avec Mireille Calle-Gruber comme modératrice.

- Le vendredi 16 novembre, de 17h à 19h, au MUba (et non pas à la médiathèque Jean Lévy comme annoncé par ailleurs), le musée Eugène Leroy des Beaux-Arts de Tourcoing, 2 rue Paul Doumer. L’écrit et la peinture " en compagnie de Gérard Durozoi avec Mireille Calle-Gruber comme modératrice.

- Le samedi 17 novembre, de 18h à 20h, à la médiathèque Jean Levy, 32/34 rue Edouard Delesalle à Lille (et non pas au MUba). L’utilité poétique " en compagnie de Bernard Noël avec Mireille Calle-Gruber comme modératrice.



Une intéressante exposition pour découvrir les artistes autour de Michel Butor, se tiendra du 8 au 24 novembre 2012, à la médiathèque Jean Lévy à Lille, au 32/34 rue Edouard Delesalle.


Le programme de Citéphilo consacré à Michel Butor

Jeudi 15 novembre 2012


Vendredi 16 novembre 2012


Samedi 17 novembre 2012

Ci dessous quelques souvenirs pris par Alain Cadet et Jacques Desbarbieux © lors de l'intervention de Michel Butor, le jeudi 15 novembre. La petite conversation sur le temps s'est déroulée sans la présence de Carlo Ossola suite à un contre temps, celui-ci ayant raté son avion ! La première question de la salle, posée par Jacques Desbarbieux, membre des Amis de Michel Butor, a permis à Michel Butor d'évoquer assez longuement ses souvenirs d'enfance dans la maison natale de Mons-en-Barœul, une belle façon de remonter le temps ...

L'intervention de Michel Butor a été filmé par Citéphilo et enregistré par France Culture. Photo Jacques Desbarbieux ©
La belle serviette en cuir de Michel Butor bientôt aussi célèbre que sa salopette. Photo Jacques Desbarbieux ©
Photo Jacques Desbarbieux ©

Une belle barbe qui défie le temps ... Nous avons retrouvé un Michel Butor toujours aussi convivial et jovial. Photo Jacques Desbarbieux ©
Michel Butor en compagnie d'Alain Cadet, un des membres des Amis de Michel Butor. Photo Jacques Desbarbieux ©
Photo Jacques Desbarbieux ©

Mireille Calle Gruber présente le livre de photographies faites par Marie-Jo, lors du séjour du couple, pendant 3 mois au Japon. Photo d'Alain Cadet ©
Dédicace du livre " Conversation sur le temps ", recueil d'une rencontre entre Michel Butor et Carlo Ossola le 28 mai 2011, publié aux éditions de La Différence. Photo Jacques Desbarbieux ©
Photo Jacques Desbarbieux ©

A 86 ans, l'esprit vif de Michel Butor semble aussi immuable que sa célèbre salopette. Lors de cette brillante intervention, seule sa montre a vu le temps passer ... Le photographe a fixé le temps, la trotteuse s'est arrêtée. Image d'un présent devenu passé. Photo d'Alain Cadet ©

Quel réel ? La photographie est un instantané, d'un présent qui n'existe déjà plus et qui fixe des événements que l'œil du photographe n'a pu saisir complètement. Photo d'Alain Cadet ©
Photo d'Alain Cadet ©
Une belle dédicace qui va défier le temps ...
De gauche à droite : Jacques Desbarbieux (Groupe des Amis de Michel Butor), Michel Butor, en cours de dédicace, et Mireille Calle Gruber, professeur à la Sorbonne, éditrice aux éditions de La Différence des œuvres complètes de Michel Butor. Œuvres que Michel Butor qualifie plutôt d'incomplètes ! Photo d'Alain Cadet ©





Michel Butor, les livres objets, la peinture et les peintres

Publié le 29 mai 2012 par Alain Cadet (CLP)

Michel Butor
En mai 2012, à l’occasion d’une exposition des photographies de son ami, Maxime Godard, Michel Butor est revenu dans sa commune natale, à Mons-en-Barœul, dans la banlieue de Lille. Sur certaines photos de Maxime, Michel a ajouté un petit poème. Ce n’est pas la première fois. Le photographe et l’écrivain ont publié, ensemble, plusieurs « Livres–objets ».


Maxime Godard photographiant Michel Butor lors d'une dédicace à Patrick Lepetit, à Lomme. Photo Alain Cadet ©

Le texte, imaginée par Michel Butor est écrit à la main puis recopié sur une petite dizaine d’exemplaires. Ces livres-objets, fruit d’une collaboration avec plusieurs dizaines d’artistes, sont représentatifs du travail contemporain de l’écrivain. En 2011, Michel Butor en a réalisé l’inventaire et en a compté 2014 en langue française.

Voici comment l’écrivain explique ce travail particulier :
« Qu’est-ce que j’écris aujourd’hui ? Essentiellement des poèmes et des petits livres en collaboration avec des artistes ! Vous savez, je suis un écrivain très âgé. J’ai beaucoup écrit et beaucoup publié au cours de ma vie. D’ailleurs on peut même trouver en librairie une édition de «mes œuvres complètes ». Le terme n’est pas complètement exact… tant que je vis, j’écris encore des choses.  Malgré tout, pour ce qui est de mon œuvre, je considère que désormais, « c’est fait ! ». Je serais désormais incapable d’écrire un roman ou un essai. Pour cela, il faut pouvoir ramasser énormément d’énergie… même les préfaces, je n’en écris plus guère.

Ce que j’écris maintenant c’est une sorte de coda de mon œuvre : des textes en liberté ! Ce sont souvent mes amis les peintres qui me sollicitent et me forcent à écrire. Ils conçoivent des livres à partir de leurs images et me demandent d’y ajouter un texte. En général ça marche ! D’autres, parfois, ne sont pas très contents. Pour ce qui est du livre sur Dirk Bouts, dont on parle aujourd’hui, il ne sait pas ce que j’ai écrit sur lui et ne se plaint pas! Ce travail me plaît. Il me permet de rester jeune. Voilà comment ça se passe, en général. L’artiste m’envoie sept exemplaires de son livre contenant ses images. Pas plus ! Comme je recopie chaque exemplaire à la main, écrire en plus grand nombre serait trop fastidieux ! Chez moi, il y a plusieurs piles de projets en attente. Il se produit, dans mon bureau, comme un embouteillage. Il ne faut pas être trop pressé. Il faut que cela mature dans ma tête. Un jour, l’idée me vient et je me dis, tiens, je vais pouvoir écrire tel ou tel livre. Je n’ai pas d’idée précise sur le texte avant d’avoir vu le livre. Je ne me presse pas. J’écris mon texte à feu doux. Son écriture doit être aussi une forme de découverte pour moi.
Il reste des endroits qui sont libres sur la page. Ils peuvent être très limités – juste  sous l’image –  ou, au contraire, avec des pages entières complètement vierges. Le format compte beaucoup aussi ! Quand c’est un format à l’italienne, je fais souvent des phrases très longues et très compliquées. Si le format est étroit, le mieux c’est d’écrire des vers. J’écris généralement des octosyllabes : c’est quelque chose de très facile et qui semble avoir été créé pour moi ! Je peux évoquer les images de la page ou au contraire m’en écarter. Parfois je mets de la couleur. J’utilise des encres de couleurs différentes particulièrement lorsque les images en noir et blanc. La couleur du texte retentit sur l’image noir et blanc de l’artiste. Elle est aussi choisie en fonction de ce que j’écris.

Ces petits livres sont très différents des essais que j’écrivais, jadis, sur la peinture. Quand on écrit, sur un peintre ou sur un tableau, il y a l’œuvre et la culture du peintre. Il appartient à son époque et s’explique par son environnement. Il y a aussi  tout ce qu’on a pu dire, au cours des siècles, sur sa peinture. Enfin, il y a un point de vue contemporain qu’on peut et doit avoir à propos d’un tableau d’un siècle passé. C’est le cas lorsque j’ai écrit  sur Delacroix. L’œuvre est monumentale. Il existe beaucoup de textes de textes différents, écrits au cours des siècles. Ils ont alimenté ma réflexion et nourri mon propre texte.
Lorsque j’entame un Livre-objet, je commence par faire un brouillon sur une feuille de papier. Puis et puis je le recopie directement dans le premier livre. Il faut noter qu’aucun des sept livres n’est jamais totalement identique à un autre. Comme j’écris à la main, chaque exemplaire est le brouillon du précédent. Je peux changer la disposition et même le texte. Il me vient des idées nouvelles. Je perfectionne le texte d’origine au cours de mes recopie successives. Du coup chaque livre est un objet unique. Souvent, le peintre procède de la même façon : il y a des différences d’un livre à l’autre, dans ses images dessinées à la main.

Je ne vends pas ces livres, mais l’artiste le fait le plus souvent…  parfois à un prix raisonnable, parfois très cher ! Il peut arriver que certains livres soient reproduits en fac-similé par un éditeur. C’est intéressant parce que, dans ce cas, on peut en diffuser un assez grand nombre.


Michel Butor et Picasso au musée de la piscine de Roubaix. Photo Alain Cadet ©

J’ai toujours aimé la peinture et les peintres. Ce n’est pas du tout un hasard si j’écris avec eux. J’aime leur façon de vivre. Ils ont choisi un mode de vie particulier. Ils vivent dans des ateliers (enfin pour ceux qui ont réussi… J’en ai aussi connu beaucoup qui tentaient de peindre dans une chambre de bonne.) L’atelier, c’est un lieu de vie éclairé et  spacieux, c’est un lieu de liberté. C’est un endroit où le désordre fait partie de la création. Le peintre crée une œuvre destinée à être entourée d’un beau cadre et à être exposée sur le mur lisse d’un musée. Mais dans sa matrice, posée dans un coin d’atelier, elle exprime quelque chose de différent. Voir peindre est un spectacle. On voit l’œuvre naître et grandir. Le travail du peintre en action est un bonheur. »
Retour vers la maison natale

Le 139 rue du Général de Gaulle où naquit Michel Butor



« Je serais incapable de rédiger moi-même mon autobiographie. Je crois que je commencerais par «  je suis né le 14 septembre 1926 à Mons en Barœul ».
Je m’arrêterais assez vite car ce n’est pas ma façon d’être avec moi-même ». C’est ainsi que Michel Butor dans « Curriculum Vitae » commence sa propre histoire. Il la débute toujours ainsi… à quelques mots près. Quel sentiment nourrit-il pour ce lieu dont il évoque « la lumière » dans son poème « Biographie pressée » ? «Je ne l’ai jamais vu évoquer sans émotion et… érudition sa ville de naissance », écrit Raphaël Monticelli, l’un des meilleurs amis de l’écrivain. «   Je l’ai même entendu un jour tenir toute une partie de conférence, dans une université, sur le nom de Mons en Barœul, insistant sur la rareté de la forme « œu », dissertant sur le nom à travers l’histoire, nous remontant au moyen âge… Une légende…»
Au risque de paraître irrévérencieux, nous commencerons notre récit un tout petit peu avant : le 2 décembre 1924 jour de la naissance Geneviève, la sœur aînée de Michel. Le certificat de baptême précise qu’elle est née, 139 rue de Roubaix. Deux ans plus tard, lorsque Michel, Marie, François paraît, la rue a changé de nom. Elle se nomme à présent Daubresse Mauviez. Le 139 est le domicile du père de l’écrivain : Xavier Marie Joseph Butor, inspecteur de la Compagnie de chemin de fer du Nord, ainsi que l’indique  le certificat de naissance conservé à la mairie.
Le 139 – désormais rue du Général De Gaulle – a connu bien des vicissitudes. Siège de la Kommandantur pendant la guerre, il devient ensuite le commissariat de la ville avant de retrouver son usage privé. Jusqu’à une date récente, on pouvait encore y observer des cloisons matérialisant les bureaux des policiers. A 540 km à vol d’oiseau, dans son petit village de Lucinges, près de la frontière suisse, l’écrivain a-t-il encore une pensée pour cette maison qui l’a vu naître où l’a-t-il abandonnée définitivement à son triste sort ? Un élément de réponse nous est fourni le 25 avril 2000 par le quotidien La Voix du Nord à qui Michel Butor déclare : « Avant la guerre, je suis retourné voir cette petite maison, à l’organisation typiquement nordiste. Le petit Parisien que j’étais avait été frappé par l’enfilade des pièces et une salle à manger sans aucune fenêtre. J’ai deux vieilles sœurs. Je vais leur demander l’adresse. J’aimerais revoir cette maison où je suis né. Je veux boucler la boucle. »

Le 5 mars 2011, Michel Butor, bouclera enfin cette longue boucle de 84 ans avant de continuer à « courir le monde… même si c’est plus lentement » comme il l’écrit lui-même.  AC

Autobiographie pressée (extraits)


Le dallage du corridor de la maison natale de Michel Butor à Mons-en-Barœul. Photo Alain Cadet ©


Lumière de Mons-en-Barœul
le dallage d’un corridor
j’aimais jouer au cuisinier
notre installation à Paris
dans la rue du Cherche-midi
……
Je désire courir le monde
encore pendant quelque temps
même si c’est plus lentement
si je me sens de l’autre siècle
je suis curieux de celui-ci

Michel Butor